13 octobre 2009
Les bêtises
Pour Naw,
Elle avait fait une bêtise. Elle aurait dû garer sa voiture
dans le Tupperware. Elle le savait bien. Comme tout le monde le savait. Et
savait aussi que les Tupperware, c’est cher mais ça dure toute la vie ou
presque. Et puis surtout parce que les Tupperware c’est fait pour ça. Stocker
et conserver. Les Tupperware ça conserve bien les voitures et du coup, ça donne
le sourire.
Mais bon, elle, par le fait, avait perdu le sien.
Forcément quand on se prend une fraise ! Elle avait
trouvé le fruit rose aux petits points noirs écrasé contre le pare-brise de sa
voiture. Et voilà ! Encore une belle amende à payer ! Non vraiment,
elle n’avait plus le sourire. Surtout qu’en ouvrant sa portière, elle découvrit
que les prunes dans leur barquette qu’elle avait achetée au matin pour manger
avec de la chantilly avaient moisi, les prunes pas la barquette !
C’était sa faute. Elle avait fait une bêtise en empêchant la conservation de sa
voiture. Tout avait pourri en dedans.
Le jus des prunes avait, en plus, coulé sur la banquette
arrière. Ça faisait une rigole de sucre poisseuse. Elle soupira. Elle était
bonne pour aller au Labomatic ! Elle s’y dirigea donc et on l’y fit se
garer. L’endroit été géré par des experts qui par souci du savoir-faire
portaient gants, masque et blouse blanche. Avec tout cet attirail, ils étaient
les meilleurs dans la recherche sur le mastic. Ils prélevèrent du jus de prune
puis lui certifièrent qu’ils lui enverraient sous peu un vaccin à base de
requin qu’elle disperserait dans sa voiture pour y empêcher tout futur autre
dépôt de colonies de nuisibles. Ça ne coutait que la modique somme d’un rubis.
Et peut-être aussi sa vie. Encore que cela n’était pas une certitude. Bref,
elle trouva ça sur son ongle, le rubis, et le leur donna. Elle ne chipota pas.
Il fallait régler les factures. Parce qu’il faut bien financer la recherche des
labomatics. Normalement c’est l’Etat qui paie, mais puisque ce sont les
particuliers qui paient l’Etat par l’impôt, le système peut bien être
court-circuité après tout, ou mieux pour eux, combiné.
Le contrat signé, donc, ils nettoyèrent sa voiture. Avec des
produits bio s’il vous plaît. C’est-à- dire cocktailés à partir de cultures
bio, c’est-à-dire encore qu’elles n’avaient pas été traitées sauf par un
produit miracle insecticide amazonien connu depuis toujours, la Roténone® qui
augmentait considérablement sa chance de développer dans sa 6ème
décennie la maladie de Parkinson. Ça ne lui fit pas peur. Même !, les gars
du Labomatic l’applaudirent lorsqu’elle leur montra sur son épaule dénudée un
badge-tabac collé à sa peau. Parce que le tabac ça aide à contrôler les tremblements
de repos tout en gardant une haleine de chacal. Elle s’y soignait donc tous les
jours. Enfin une bonne imitative. Comme quoi elle ne faisait pas que des
bêtises !
Valérie
Le 13.10.09
Quitte à écrire des bêtises, autant le faire en utilisant des mots à la place d'autres...
09 mars 2009
... Ende ...
J’ai le
nez qui saigne et je me dis que ça y est c’est fini. Cette narine qui me
piquait quoique je flaire pour m’en défaire, depuis une semaine. C’est fini.
C’est fini. Espoirs. Lubies. Au
placard. Bien ranger. Non, non plus profond. Acide, tout ronger.
J’ai les yeux sur la
photographie miniaturisée d’une vielle amie, comme on dit. J’ai le souhait
imbécile de discuter. Avec elle. Je lui dirai : « Salut comment, ça va ? béh écoute-moi, oui, et toi ? Hum, hum, super, dis donc !
Alors quand est-ce qu’on se voit ? » mais dialogue dans ma tête. Les
mots en dialyse, qui s’écoulent dans la machine de pesanteur. Car un retour de
vent. Mutisme. De ses doigts sans gravité sur le clavier. Trou noir. Et je me
dis c’est fini, dernière fois. Dernière chance ma belle. Tu le sais même pas
mais moi j’abandonne, je ne te parlerai plus. Y a déjà suffisamment de brise
dehors que j’en chancelle chaque matin à me dire c’est fini. Je vais partir,
m’envoler. C’est fini.
C’est fini. L’envie. Le besoin.
Sous la couette. Bien cachée. Non, non, moins feutré. Craquement, tout claquer.
J’ai la gorge qui s’arrache. Le ventre qui se fissure. Une crampe au pied, mais pardon, ceci est trop concret. Et puis faut que je me taise. Toujours à me plaindre. C’est pour vos gueules. Mais je m’en balance. Vous ne faites rien, là. Essayez, quoi, de peser mes idées, de me remettre du plomb dans la cervelle, un poids en cuivre bien brillant pour payer ma conscience boursicoteuse ou une plume qui chatouillerait mon hilarité animale. Oh puis, non. Non. Non ! Taisez-vous. Attendez que je finisse. parce que vous comme moi, on sait. Rien n’est fini. Demain, tout sera à refaire et cette ritournelle aussi.
06 mars 2009
Consigne
Écrivez un court texte utilisant le mot consigne, si possible dans plusieurs sens différents.
Je dois être invisible. C’est là le deal. Enfin celui de
mon job. Invisible pour trouver des preuves, pour opérer en douce et traquer
l’assassin sans que la police n’en sache rien. C’est là ma seule et unique consigne. Celle que je me suis fixée. Cela
évite que nous n’interférions et que
les pistes se bloquent. Enfin… généralement je bloque la leur par ma rapidité
de logique et d’action. Je suis le meilleur que croyez-vous ? Les poulets
sont encore consignés à leur bureau,
sous l’œil de l’inspecteur divisionnaire, à s’occuper d’une main courante
ennuyeuse à mourir, quand je palabre avec mon « ami » le légiste de
la morgue municipale. Je lui file un petit billet si vous voulez tout savoir.
Ceci est capital ! Tout commence ici. Toujours.
Une fois l’argent empoché, il me laisse examiner le corps. Du moins, pas directement. C’est-à-dire que je laisse ce boulot à mon partenaire. Merde ! Est-ce que je dois le dire ? Allez, je me vends ! Ma partenaire ! C’est une femme, eh oui. Mais elle n’a pas froid aux yeux quand il s’agit de cadavre. Moins que moi en tout cas, mais cela n’ôte rien à ma valeur.
Bref, en plus de cela, notre
croque-mort espion nous permet de jeter un œil sur les effets personnels des
machabés et les résultats de l’autopsie, tout bien consignés
dans des classeurs à la tenue impeccable.
Et là on apprend . Leur vie. Leur dernier repas. Le nombre
d’éclairs au café dont il aurait encore pu s’empiffrer avant de franchir le
seuil fatidique du diabète…. On trie. Les informations. On pèche. Les indices.
Le cas présent ?
Olive Couette.
Critique gastronome.
27 ans.
1m65.
52 kilos.
Trouvée morte dans son bureau. [ah !]
Présence de cyanure dans son
café. [Hum ? tiens donc, un empoisonnement ?]
Cervicale cassée. [Ce qui
se produit lors d’un meurtre classique par assommement et que le meurtrier,
trop faible pour frapper la tête, tape plus bas. Cela se produit, que
voulez-vous ?]
Présence suspecte d’un fragment
d’acajou dans les cheveux. [Hum Hum].
Heure du décès estimée à
9h00-9h30 environ.
Le deuxième point [la cervicale
brisée] me semble étrange. En effet, le cyanure est assez cher dans le commerce
( à tel prix, telle efficacité !) pour qu’on ait l’envie, par au-dessus de
finir le travail à la main !
Je me renseigne sur ce
point ! contre un billet de 20. Mon informateur me montre alors des
sandales roses pales dans un sachet scellé.
« Et alors ? »
demande mon assistante.
Je me retiens de l’informer
qu’elle est conne. Ou bien qu’elle n’a vraiment qu’un pois chiche derrière ses
yeux froids. C’est évident ! Il y a une tache de café sur ces godasses.
Enorme !
Alors voilà. Je fais « hum
hum, intéressant ! » et mon esprit de fin limier imagine toute la
scène.
Olive a été victime ce matin
d’un manque de goût flagrant en ce qui concerne le choix de ses chaussures. Ce rose est une abomination !
Est-ce pour cette raison qu’on a versé une poudre mortelle dans son café ce matin ? Je n’en sais encore rien. Mais Olive, elle, l’a senti. Eh oui. Le cyanure a un goût d’amande. Et elle a un palais aux papilles sensibles. Alors, surprise, Olive a recraché son café ! Pour ce goût inédit, ou bien car il était trop chaud ! Elle en a même renversé sa tasse. Le café au sol et sur ses chaussures. Et là ! Patatras ! Glissade ! sur le café au sol ! Et vlan ! elle tombe ! son cou s’écrase sur son bureau, en acajou !
Et ainsi finit sa vie !… Et
s’enrichit mon pactole, car à moi la récompense.
C’est en chassant le rose hideux
de devant mes yeux, que je note une chose étrange. Non pas que « ouah,
elle fait du 43, elle a un pied de mec, c’est étrange non ? » comme
le remarque intelligemment ma chère collaboratrice. Non mais que le talon en
bois d’une des chaussures est décollé. Muni de gants, j’ouvre le sac, tire la
chaussure et sur le bout. Et… oh ! Que n’ais-je trouvé d’autre (si ce n’est
la confirmation de ma supériorité d’investigation) qu’un indice ! Je brandis fièrement l’objet trouvé. Une clé
de consigne.
Valérie,
Le 12/02/09
22 février 2009
Contrainte
Travailler
sous la contrainte : écrivez votre version de ce fait divers au ton neutre en
respectant la contrainte que vous avez choisie.
«
Un TER, le soir. Il s'arrête. La lumière s'éteint. Brouhahas des passagers. Le
contrôleur qu'on recherche, est introuvable. Une femme entre dans la cabine du
conducteur, qui est vide. «
FEMINISME :
L'aventure prit place dans une
file de voitures brinquebalantes siglées par la cartouche SNCF. La nuit était
tombée et tomba aussi la vitesse et l'obscurité intérieure : plus aucune
lumière. Et cela sans aucune raison valable. Cette perte de cinétique stoppa la
machinerie et les remorques tandis que les craintes se mirent à brouiller
l'atmosphère et à chiffonner les
bouches de ces humanoïdes mouettes à la migration interrompue. Puis une question ! Où était cette personne,
celle habilitée à les rassurer, à parler en cabine et à faire résonner voix et
informations à leurs oreilles ?
Une passagère plus hardie s'aventura vers la tête de la locomotive, poussa la porte terminale et une exclamation. La salle était vide.
Valérie,
le19/02/09
02 février 2009
I spy
Elle
sort. Pas de casquette sur le front aujourd'hui. Juste la grosse
écharpe marron, orange et rose qu'elle ne quitte plus. Je la vois
elle, et son écharpe, et son manteau qu'elle veut changer, je les
vois sur la vitre, en reflet, de cette boutique face à son immeuble.
Je les vois toujours. Elle ne se doute de rien, la pauvre petite.
Elle
sort. Elle ne s'en sortira pas vivante. Elle fronce le nez. Elle sent
l'air froid, et la neige. Elle s'en ravit. Elle sourit. Elle bloque
d'un tour de clé la porte noire puis pivote. Vers sa droite. Elle
prend la direction du Centre, tourne dos au Vieux Lille. Elle regarde
ses pas dans la neige. Elle fait en sorte de laisser sa marque sur
les étendues restées vierges. Elle sent ses pieds s'enfoncer, les
flocons s'écraser sous sa semelle. Elle a des petits pieds. Les
miens, sur les siens, les recouvrent. Elle avance, gaillarde. Elle a
sa besace en bandoulière. Et le sac de cuir et de tissu ballote sur
sa hanche droite.
Elle
me fait penser à une enfant. C'est un plaisir d'enfant, je me
souviens, que de tracer son chemin à découvert dans le blanc du
sol. Elle ne se doute pas, la pauvre petite, qu'elle risque de se
perdre en faisant cela. Non pas car ses pas vont s'entremêler à
ceux superposés d'autres imbéciles qui marcheront sur son chemin en
alinéa ponctué, mais car je ne peux que mieux la suivre ainsi. La
trace de sa semelle, si caractéristique forme un tatouage duveté.
Un pointillé qui en toute circonstance pourrait me mener à elle.
Pourvu qu'il ne pleuve pas.
Non.
Le ciel gris. Les oiseaux sourds. Et elle les écouteurs aux
oreilles, qui ne me voit pas, derrière elle, qui ne m'entend pas, le
souffle en ivresse, qui ne se doute pas, j'y suis presque.
Elle
passe devant la Poste. Elle
glisse. Elle glousse. Elle laisse passer une voiture, traverse. Elle
frôle un piquet métallique, sur l'autre trottoir, enfant, lève les
yeux, les flocons tombent, elle attend encore déjà pour changer à
nouveau de trottoir.
Moi
je l'attends là. Je me déguise en touriste. A observer la Vieille
Bourse. Je me doute bien qu'elle va revenir sur ses pas, cette place,
aller à l'autre. Je sais. Je sais tout d'elle. Elle ne se doute pas.
Elle ne se doute pas que cela fait des mois que je la sais, que je la
sens, que je la flaire, que je la piste, que je l'aurai, je l'aurai,
tiens là, aujourd'hui, alors qu'il est si simple de ne pas la perdre
de vue, dans la foule si peu dense, dans la neige, et la revoilà.
Elle range un sac recyclable dans son sac, regarde de mon côté,
m'aperçoit sans me voir. Je suis fondu dans le paysage et elle s'y
meut. Elle avance, elle glisse, elle grogne.
Elle
regarde les bijoux. Elle regarde les parfums de glace. Elle regarde
les chocolats. Elle regarde la statue. Elle regarde les voitures.
Elle regarde les couleurs du bonhomme. Elle patiente. Au milieu de la
chaussée. Là où le monde afflue enfin, matinée oblige, au cœur
de la ville. Quand sortira-t-elle des sentiers battus ? Quand
rendra-t-elle la chasse palpitante ?
Pas
là. Pas là. Elle furette maintenant. Elle fouine, au Nord, et
ressort bredouille. Alors elle entre dans le passage chauffé. Et
elle se retourne.
Soudain.
Me
prenant au dépourvu. Elle se retourne et scrute. Je n'ai aucunement
le temps de simuler un quelconque intérêt pour la vitrine près de
mon ombre. Pas le temps. Vivace, la gosse. Alors je continue ma
marche la dépasse. Elle ne peut plus se douter de rien. Je le sais.
J'entre dans un magasin sur ma droite. De l'eau glougloute. De la
musique diffuse, une odeur écœurante chatouille mes sinus. Elle me
regarde toujours. Cette fois, c'est moi qui sens la brûlure de son
regard sur ma nuque. Je m'enfonce dans le commerce. La brulure
s'estompe.
Je
compte. En Secondes. Il faut toujours compter en secondes. Le temps
ne se vit pas en minutes. Non. Non, je compte.
…
Une.
Deux
!
Me
retourne !
Elle
est encore là. Mais elle reprend sa marche. Vers le bout du tunnel,
Elle m'oublie. Elle regarde les épices, les encens, les thés, les
moutardes et les sucres, puis elle sort. A l'air libre encore. Entre
le passage qu'elle a traversé et le nouveau qui se présente. Et je
suis en proie à un dilemme. Dois-je la suivre ? A l'intérieur,
j'entends ? Au risque qu'elle me découvre à nouveau ? Je ferai
attention, évidemment, je suis un pro. Je me dissimulerai derrière
le dernier Harlan Cohen. Elle en rira. Oui. Elle en rira. La
situation serait trop ironique pour qu'elle songe encore à ce
qu'elle croit que je suis. Et elle aura tort, si tort...
Ou
bien...
Dois-je
l'attendre. Et si oui ? Jusque quand ? Où ? Ici ou bien à l'autre
sortie.
Vite je me décide. Je ne veux pas la faire rire. Je veux, je veux ! Qu'elle glisse, qu'elle gifle, qu'elle griffe ! Je veux, je veux ! Je veux qu'elle sorte. De ce côté-ci. Oui, oui, ici.
Mais
rien. Alors j'entre. J'entre sinon il est tout à croire que je vais
la perdre. Et elle n'est pas loin. Pas loin. Aux livres étrangers.
Elle parcourt une quatrième de couverture. Elle redresse quelque peu
la nuque. Ses yeux vont bouger, vite. Je saisis un livre. Les
verrines du chef. La belle jambe, que ça me fait. Le sourire,
qu'elle me fait. Là en coin. Il est pour moi, il est pour moi, ce
sourire, et je veux, je veux le gommer, le gondoler ! Elle n'est pas
là pour rire. Pour rire de moi. Elle pose son livre. J'en fait
autant. Elle me regarde. Dans les yeux. Dans les yeux. Le sourire
mange sa bouche. Et puis le rire. Éclot. Elle balance le pan de son
écharpe par dessus son épaule gauche, et sans prévenir, sans se
retenir, court. Elle court. Et je n'ai qu'à la suivre. Elle court et
sort du magasin, le vigile aux abois, mais elle ne sonne pas... elle
court, c'est bien assez, et elle tourne à droite à la sortie. Elle
court vite. Elle est vive, la garce. C'est un jeu. C'est un chat.
Mais je cours plus vite. Je cours si vite que je la dépasse. Et
qu'elle crie maintenant. Elle crie. Et dérape, et glisse, se remet,
et je tourne à gauche; et elle halète, mains aux genoux, puis
reprend sa course.
Et
ma main la choppe.
Au
coin. Au tournant. A droite. A gauche. là. Plus d'attente.
Et
ma main la serre.
Et
elle perd son rire. Sa bouche. Ses glissements. Parce que je veux, je
veux. Qu'elle se torde. Qu'elle morde. Sa bouche. C'est tout. Je
veux ! Je veux. Et elle compte. Elle compte. Dans ses yeux file les
secondes. Elle aurait dû mettre sa casquette. Je n'aurais pas pu
voir. Et elle compte. Oh si peu.
Deux...
Un...
...
Et
de ce que je veux, toujours, j'obtiens. Tout.
Puis
il pleut. Désormais.
La
neige fond.
Et
ses pas.
Et les miens.
Mais
ses pieds, petits, si petits, sont au-dessus des miens, sur leur
pointe. Et ses pieds, de mes pieds, ne les recouvrent pas. Et je ne
me doute pas, quand elle griffe, quand elle glisse, quand elle mord,
je ne me doute pas que je n'en sortirai pas vivant.
Quand l'ennui s'en mêle.
Valérie, le 02/02/09
05 janvier 2009
Désordre
Intérieur molletonné. Sentir la morsure du froid. Bleu marine. Un tas à droite, un autre à gauche. Ne plus tourner les feuilles. Du chocolat blanc. Et la cloche sonne. Les aiguilles cliquent. L’heure tourne. L’ennui stagne. Marcher à reculons. Avancer dans le retard. Rester dans le gouffre. Un peu. Il fait noir. Bleu marine.
17 décembre 2008
oh now, move, move quick, you've gotta move
Oh
look at you, you, you're looking so confused, what did you lose?
Oh,
it's ok it's just your mind.
Et après ?
Découvrez Pulp!
13 décembre 2008
Sucre
On vient de nuire à ma mue.
Ce parfum-là colle mon gilet
depuis des heures. Plus de place sur les poignets, chaque versant était déjà
tatoué d’une fragrance différente. Alors c’est le gilet qui a pris, et Dieu que je regrette. Je regrette
aussi de ne pas avoir attendu que l’alcool s’évapore pour dire que « non,
il est trop sucré pour moi ». Je regrette de ne pas avoir regardé le
flacon, le boîtier, le nom. Je regrette d’être resté attirée par un autre sucre
aux fleurs, sur le recto de mon poignet droit, et par une trace de cannelle sur
le verso du gauche. D’avoir passé la porte, croyant avoir fini ma mission
d’éclaireur qui consistait à revenir avec quelques noms tentateurs pour la
hotte de Noël. Je regrette de n’avoir enregistré que Burberry’s tender touch,
le violet. Omnya, Bulgari, le brun ; ces deux-là dont un m’écœure
désormais par sa simplicité…
Je regrette. C’est sûr.
Car l’alcool s’en est allé. Et
mon nez a frémi. Parce que sur le gilet... L’odeur. Celle qui me rend folle
depuis maintenant des heures. Dilate mon cœur. Et moi j’étais dehors, et
je sentais que ce parfum là m’éveillait. Et quand je suis revenue à la maison,
je ne respirais plus que par lui, le nez dans mon vêtement, le cœur en berne.
C’est lui. Juste lui.
Et d’en dire aux
parents : « allez-y, choisissez entre celui-là qui sent fort,
que j’adore, et mon petit sucre à la fleur, il est doux mais quelle fraîcheur.
Mais surtout, surtout, ramenez m’en le nom, du premier, de l’inconnu. Là, il
figure sur l’étagère la plus à gauche. »
Et pendant qu’ils partaient
boucler la mission, j’ai raconté le parfum à une amie.
Et j’ai cru que je l’aurais sous
le sapin. Si facile.
Et j’ai cru que je m’en parerais
pour finir d’ouvrir les cadeaux, manger des chocolats, ouvrir les huîtres,
manger mon ennui. Si délicieux.
Et j’ai cru qu’il transformerait
ma vie. Si fabuleux.
J’ai cru tout cela. Naïve. Si.
Et toujours, m’emplir du
patchouli sur mon gilet, de la rose, et de ces zestes inconnus olfactifs.
Savoir que c’était lui et pas un autre pour finir l’hiver. Parce que son sucre,
parce que sa force, parce qu’un caprice, parce qu’une envie, parce qu’un
besoin… parce que le moral, parce que
la vie, parce que la santé, parce que la chance, parce que les études, parce
que les amours, parce que tout irait avec cette merveille sur moi, sur ma peau.
Pellicule.
Et les parents sont revenus.
J’ai demandé le nom. Pas la surprise. Le nom. Et ils ne savaient pas. Ils ne
savaient pas. Ils n’avaient pas compris. Pas compris. Et ils ne l’avaient pas
pris. Pas pris.
Et le nom s’évapore comme
l’alcool, et mon gilet, demain, sentira la lessive. Et ma peau s’effiloche. Et
le sel couvre mes joues. Et ça m’effondre. D’en arriver là. Noyer dans mon
gilet la perte d’un non-gain. Pour quoi ? Un simple parfum. Oui mais
lequel ? lequel ? Je ne sais pas. Pas. Et je perds la peau que je
n’aurais jamais.
04 décembre 2008
On joue ?
Je fixe les règles, je pose les questions. Je décide, c'est mon blog, j'ai le droit. J'ai presque le droit de tout ici.
Alors je vous demande, on joue ? ça sera peut-être pas drôle je m'en fiche même si j'aimerai mieux, et vous ? Vous préféreriez que je raconte des trucs amusants ? Hum ? Vous avez pas le droit de me demander. C'est moi qui fixe les règles, j'ai dit.
Alors je vous demande :
Et vous, pourquoi me lisez-vous ?
Bah, oui, je sais, je vous vois, petits chiffres, histogrammes, statistiques, et je vous devine car je vous connais : système d'exploitation, pays, provenance.
Alors, dites, pourquoi continuez-vous à venir si vous ne jouez pas le jeu ? A vous cacher malgré tout dans votre silence. Je n'ai plus envie de rien raconter. Pas à vous, à personne d'ailleurs. Nouveau jeu, nouvelles règles, ce soir je vais écrire sur papier et tout ne restera certainement qu'encre. Y en a marre du partage Pas vrai ?
alors, je vous demande :
et vous pourquoi vous taisez-vous ?
28 novembre 2008
Pour quoi ?
Moi j'écris pour :
m'exprimer, sortir des mots de moi car certains sont verrouillés à double tour depuis des années, alors d'autres doivent percer. J'écris pour compenser.
Pour avoir autre chose à faire que regarder un film dans le train.
Pour garder le plaisir, celui d'être satisfaite d'une association de mots que d'autres critiqueront mais qui moi me percute.
Pour passer le temps sans m'ennuyer. Je me demande souvent ce que je faisais avant.
Pour intriguer, pour qu'on me demande ce qu'il va se passer ensuite ou entendre « tu m'as fait pleurer, crétine! » ou alors « j'y ai pensé en cours de Maths, tu sais à ce passage où trucmuche raconte blabla à machin et j'ai éclaté de rire devant le prof! La honte! ». j'écris pour faire ressentir. J'écris pour être dans cette répercussion en boule de gomme de leurs émotions.
Pour les amies qui me lisent et que je lis. Pour nous retenir.
Pour entretenir mon vocabulaire.
Pour garder la main, améliorer ma syntaxe, ma grammaire, mon orthographe, et tenter de gagner des points pour ce concours JS qui me terrifie. Non mais ne croyez-pas ça, pas tout, ce ne sont que des excuses !
Pour aimer ça.
Pour avoir une ouverture si ma vie devient n'importe quoi.
Pour avoir une revanche sur ce lot de gens qui m'a dit, un jour, que j'étais une conne incapable. J'écris pour me venger, pour leur en mettre plein la vue, mais ils ont des œillères, je crois, je suis sûre, bouffons !
Pour une reconnaissance. Pour conserver, déjà, celle de mon père qui lit textes, poèmes, critique, aide, soutient. Pour amuser ma mère, elle est ravie de ma facilité à torturer ses collègues tant honnies dans mes textes courts. Ça l'amuse, elle en redemande. J'écris pour qu'on m'attise.
Pour moi. J'écris pour moi et qu'on me dise que ça ne sert à rien, je réponds que moi, je ne suis pas rien, au moins dans ces moments-là.
* Atelier d'écriture n°2- part II / 2008-09 *